LES PARAMÈTRES DU «VIVRE ENSEMBLE»


Déjà, alors qu'elle était chef de l'opposition officielle, l'actuelle Première ministre, madame Pauline Marois, avait déposé un projet de loi sur la citoyenneté.  Pendant la dernière campagne électorale, elle avait pris l’engagement d'affirmer certaines valeurs québécoises.  Elle a réitéré son intention d’aller de l'avant sur cette voie lors de la présentation du Conseil des ministres et de son discours inaugural.

Il ne s'agit donc pas, comme le prétendent certains, d'une astuce électoraliste soudainement sortie d'un chapeau à la veille d'un hypothétique appel aux urnes, mais le fruit d'une longue réflexion notamment suscitée par quelques rares, mais spectaculaires demandes d'accommodements religieux, qui, en l'absence de balises claires, ont souvent donné lieu à des compromis déraisonnables et provoqué un fort ressentiment au sein de la population.

 

Le gouvernement a donc donné suite aux engagements de la Première ministre en dévoilant les grandes orientations de la Charte des valeurs québécoises qu'il entend faire adopter.  Il est plus que temps, en effet, de mettre un terme à cette déplorable indécision qui ouvre la porte à l'arbitraire et à des pratiques hétéroclites minant le désir du vivre ensemble.

Et qui dit «vivre ensemble» pense immédiatement à une combinaison de référents, de pratiques, de «valeurs», qui nous lient les un(e)s aux autres dans une même société.  D'aucuns appelleraient cela nos «us et coutumes», tandis que d'autres feraient plutôt référence à ce qui fait en sorte que des gens de tous les horizons trouvent notre société particulièrement attrayante et choisissent de venir partager et enrichir notre aventure commune en cette terre d'Amérique.  Nous avons retenu le concept de «valeurs québécoises» pour traduire cet ensemble d'éléments, aux contours parfois imprécis, qui nous distingue comme peuple.

Il est vrai que certaines de ces valeurs sont universelles, alors que d'autres sont partagées par nombre de sociétés à travers la planète.  Mais c'est, outre un certain nombre de traits culturels et historiques, un amalgame particulier de valeurs qui nous distingue des autres peuples et sociétés.  Nous ne prétendons être ni meilleurs, ni pires que n'importe quel autre peuple.  Nous sommes simplement différents; semblables, voire identiques, à certains égards, mais fondamentalement différents sous d'autres angles.  Et c'est cet ensemble de «valeurs» communes, qui constitue une richesse inestimable, que nous voulons préserver, mettre en évidence et codifier dans cette Charte des valeurs québécoises.

Baliser les accommodements religieux et réaffirmer la neutralité religieuse de l’État

Parlant de «Charte», la Charte québécoise des droits et libertés de la personne serait amendée de telle sorte de définir les grands principes permettant de baliser les demandes d’accommodements, afin d’éviter certains des dérapages auxquels nous avons assisté ces dernières années.  Les principes touchant l'égalité entre les hommes et les femmes, ainsi que la séparation des religions et de l’État, la neutralité religieuse de l’État et le caractère laïque de ses institutions, en tenant compte de notre patrimoine historique commun, seraient également réaffirmés dans la Charte québécoises des droits et libertés.

Mais au-delà de ces grands principes devant baliser les accommodements religieux dans la société québécoise, une politique de mise en œuvre de la neutralité religieuse de l’État et de l’encadrement des accommodements religieux pour les ministères et organismes du gouvernement serait mise de l'avant et s'incarnerait notamment dans des directives claires auxquelles tous les employés de la Fonction publique devraient se conformer.

Ainsi, les employés de l'État devraient dorénavant s'imposer un devoir de réserve et de neutralité religieuse dans l’exercice de leurs fonctions.  Le port de signes religieux ostentatoires pour le personnel de l’État durant les heures de travail serait donc prohibé.  Par contre, une petite croix, une étoile de David ou une main de Fatma portée discrètement en pendentif ou sur un bracelet ne poserait aucun problème.  Un employé de l'État, dans l'exercice de ses fonctions, ne pourrait pas, par exemple, porter un chandail sur lequel serait écrit «J’ Jésus!».  Cela dit, un citoyen pourra en tout temps, dans l'espace public, porter un tel chandail, y compris lorsqu'il sollicitera des services de l'État. Par contre, il sera dorénavant interdit à quiconque de recevoir des services de l'État si ce n'est à visage découvert.

Depuis toujours, le Québec s'est employé à ménager un judicieux équilibre entre les droits individuels et les droits collectifs.  Notre gouvernement s'inscrit dans cette tradition séculaire avec des propositions que nous estimons raisonnables, des règles plus claires balisant le vouloir vivre ensemble.  Pour nous, il était clair qu’un tel processus ne pouvait aller de l'avant sans la participation active de la population et celle-ci a été au rendez-vous, puisque des milliers de citoyennes et citoyens ont pris part à la consultation et nous ont transmis leurs nombreux et pertinents commentaires.

Ce que je craignais le plus, au départ, c'est qu'on veuille empêcher le débat sur cette question fondamentale.  Je comprends qu'il puisse être angoissant, pour certaines personnes, de constater que le peuple québécois entreprend une introspection en profondeur pour tenter de cerner son identité et prendre un certain nombre de décisions quant à son devenir collectif...  Fort heureusement, malgré les efforts répétés de ces éteignoirs, le débat aura eu lieu et se sera, somme toute, déroulé de façon relativement sereine et constructive.  Aussi, le gouvernement tiendra-t-il compte des points de vue exprimés jusqu'à présent pour présenter prochainement un texte législatif qu'il entend faire adopter.

Une citoyenne me disait récemment: «Quand je reçois des gens à la maison et que je leur dis de faire comme chez eux, je m'attends quand même à ce qu'ils fassent un peu comme chez-nous.  Par exemple, puisque nous ne mettons jamais les pieds sur les meubles, je n'accepterais pas que quiconque puisse le faire chez-nous».  Par respect pour les gens qui les accueillent et dans le but d'entretenir cet esprit d'ouverture et de bonne entente ayant conduit leurs hôtes à leur ouvrir leurs portes, les invités se garderont probablement de mettre les pieds sur les meubles de la maison dans laquelle ils ont pris place.  Au fond, n'est-ce pas simplement de cela dont il est question...


 

Facebook

Coordonnées

Édifice NOVO-CENTRE
1625 boulevard Lionel-Boulet
Bureau 103
Varennes (Québec) J3X 1P7
Téléphone : 450 652-4419
Téléphone sans frais : 1 800 652-4419
Télécopieur : 450 652-3713
Courriel: Stephane.Bergeron.VERC@assnat.qc.ca

Back to top