Le miroir aux Alouettes

Si on me demandait de ne retenir qu’un seul fait marquant de la dernière année politique au Québec, je dirais qu’il s’agit de la tentative courageuse du chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, visant la convergence des forces souverainistes et progressistes au Québec. D’aucuns reprochaient à monsieur Lisée une démarche qu’ils estimaient mort-née avant même d’avoir été entreprise, tellement le fossé semblait abyssal entre les différentes parties intéressées. Et pourtant, il s’en est fallu de si peu... Eut-elle été fructueuse que ç’aurait été l’un des plus importants bouleversements du paysage politique québécois depuis la création du Parti Québécois, en 1968. Le pari était risqué, mais on aurait assurément reproché à Jean-François Lisée de ne pas l’avoir tenté.

C’est tellement vrai qu’il appert maintenant qu’on lui tienne rigueur... de ne pas avoir réussi! En effet, le début de la désaffection dont sa formation politique et lui-même semblent momentanément souffrir coïncide parfaitement avec le moment où cet audacieux coup de dés s’est soldé par un malencontreux échec. On entend, ici et là, que c’est parce que le Parti Québécois aurait «perdu ses repères», mais il n’en demeure pas moins que cette démarche en faveur de la convergence s’inscrivait en parfaite ligne avec ses principes fondateurs: l’indépendance et le développement économique visant l’enrichissement collectif et, dans cet esprit, servant d’assise à une plus grande justice sociale.

C’est que les Québécoises et Québécois sont las du ronron monotone d’une classe politique, qui, depuis 1995, ne parvient guère plus à les emballer, à les faire rêver. Exit le fédéralisme renouvelé en profondeur ou la souveraineté, que la Commission Bélanger-Campeau identifiait comme les deux seules voies d’avenir possibles pour le Québec; profitant justement de cette lassitude, les fédéralistes s’ingénient à ne plus rien proposer du tout, tandis que la souveraineté apparaît toujours plus lointaine. Devant, l’absence d’enjeux et de projets collectifs, chacun semble s’être replié sur des préoccupations plus immédiates. Mais c’est loin d’être pleinement satisfaisant, étant donné que l’être humain se réalise tout autant dans le collectif que dans l’individuel. Les Québécoises et Québécois ont donc soif de «changement».

Et c’est par la grande volatilité de l’électorat que cela s’est principalement exprimé, ces derniers mois et ces dernières années; quelques mois avant les élections, ce n'est pas Philippe Couillard qui devait devenir premier ministre du Québec, ni Justin Trudeau premier ministre du Canada, ni Valérie Plante mairesse de Montréal... On cherche la saveur du moment, un exutoire à la monotonie de l’offre politique existante. Traditionnellement sensibles aux «mal aimés», les Québécoises et Québécois ont alors tendance à accorder leur confiance à des gens qui n’ont jamais gouverné, dans l’espoir qu’il en ressortira quelque chose de nouveau, de plus affriolant. C’est ainsi qu’on a jeté son dévolu sur la défunte ADQ – fusionnée à la CAQ – plus à droite, puis sur le NPD plus à gauche, mais toujours avec le même sentiment, au bout du compte, de rester sur sa faim…

Lorsqu’on aspire au «changement», encore faut-il s’interroger quelques instants sur le type de «changement» dont on risque d’hériter... Quand, en 2011, les gens se sont jetés dans les bras du NPD de Jack Layton, ils ont, dans Verchères-Les Patriotes, élu une femme qui ne s’était même pas donné la peine de faire campagne! Quelques mois plus tard, Jack Layton nous avait malheureusement quittés, mais la population de la circonscription est demeurée coincée avec cette députée toujours aussi évanescente, une fois élue, qui avait d’ailleurs, entre-temps, abandonné la bannière néo-démocrate. C’est ainsi que les gens ont répudié un député, Luc Malo, présent, dévoué et efficace pour le remplacer par pas de député pantoute! Pour un «changement», c’était tout un «changement», mais était-ce un «changement» pour le mieux? Poser la question, c’est y répondre...

C’est qu’on peut changer jusqu’à plus soif les acteurs de la pièce politique qui se joue depuis 1867, mais que si on ne change pas le décor ou le scénario, ce sera toujours la même pièce qui sera jouée, et ce, peu importe l’identité des individus qui seront appelés à incarner chacun des rôles. Et, dès lors, il restera toujours cette impression de déjà vu, ce sentiment de rester sur sa faim... Car le changement doit être plus fondamental. Or, le plus important changement auquel puisse aspirer un peuple, c’est de se faire enfin confiance pour assumer lui-même ses propres destinées. C’est ce qu’ont fait, en leur temps, les États-Unis et le Canada lui-même.

Sinon, on demeure enferré dans cette veille dynamique qu’on ne connaît que trop bien, soit de quémander sans cesse à Ottawa, en se soumettant à son bon vouloir, parce que dépourvu du moindre rapport de force… Imaginez, par exemple, les changements que le Québec pourrait réaliser s’il récupérait les quelque 50 milliards de dollars qu’il verse annuellement dans les coffres fédéraux sans en revoir la couleur, trop souvent. Il faut donc éviter de lâcher la proie pour l’ombre en succombant aux sirènes du «changement» instantané, illusoire et cosmétique, qui risque fort de se révéler toujours aussi décevant…


 

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